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Accompagnement et soutien scolaires

Interviews

« Renforcer les liens entre tuteurs et enseignants »
Daniel Deprez, principal adjoint du collège Terres Rouges d'Epernay (51)

Quelles sont les formes prises par l'action d'accompagnement scolaire particulière qu’est le tutorat scolaire ?
Le tutorat scolaire est une antenne du contrat de ville d’Epernay, implanté sur le quartier Bernon. Ce quartier est, en quelque sorte, une ZUP « traditionnelle », avec ses tours et ses barres, et il est classé ZEP. Le tutorat accueille des élèves de tous les établissements scolaires de la commune, chaque soir de la semaine, de 18 h à 20 h. C’est néanmoins notre établissement qui envoie le plus grand nombre d’élèves, parce que le quartier correspond à notre secteur de recrutement.
Le dispositif mis en place est une association animée par des bénévoles, avec pour partenaires actifs le club de prévention et les organismes financeurs qui, outre les collectivités locales, sont la CAF et le FAS.
Le tutorat a lieu dans un logement de la ville au sein du quartier. C’est une richesse, car les élèves font mieux la part des choses, changent d’air, l’ambiance est différente du collège.
Il est encadré pour la plupart par des étudiants de Reims. Ces étudiants participent, en échange de quelques subsides, à cette action d’aide aux élèves de collège.
Il est encadré principalement par des étudiants de Reims, qui participent à cette action d’aide aux élèves de collège en échange de quelques subsides.
Les élèves s’inscrivent de façon volontaire, dans les premières semaines de la rentrée, où il y a un affichage dans le quartier et dans l’établissement. S’il arrive que des enseignants conseillent à certains élèves en difficulté de s’inscrire dans ce dispositif, cela ne revêt jamais un caractère obligatoire : il est important que l’élève soit volontaire. S’il y a d’autres bénévoles que les étudiants, il n’y a en revanche pas d’enseignants pour animer les séances de tutorat. Notre participation est d’ailleurs discrète, nous y reviendrons…
Le dispositif et son association fonctionnent depuis près d’une dizaine d’années, mais jusqu’à il y a trois ans, il n’y avait pas de lien particulier avec le collège, hormis les jeunes accueillis. Depuis trois ans, les choses ont évolué de façon décisive. Une volonté de tisser davantage de liens a émergé, tant de la part des responsables de l’association de tutorat que de la part des responsables du collège, à savoir le principal et moi-même, qui arrivions en même temps à la direction de l’établissement.
Depuis lors, un professeur de l’établissement établit la liaison avec le tutorat, une fiche de suivi a été mise en place, nous participons au comité de pilotage et aux bilans d’étape du dispositif. Par ailleurs, les tuteurs ont libre accès à l’établissement : lorsqu’ils veulent rencontrer un professeur, ils viennent simplement dans la salle des professeurs et ils participent, à part entière, aux conseils de classes.
Trois ans ont été nécessaires pour mener cette évolution, car dans un premier temps, les professeurs regardaient les tuteurs avec méfiance, comme une possible concurrence. Mais les uns et les autres étant maintenant bien calés sur leurs missions, le travail de partenariat est excellent. Par exemple, nous n’avons pas de regard sur la façon dont travaillent les tuteurs, nous ne sommes pas physiquement présent au tutorat. Mais le lien est très fourni quant à la dynamique de l’élève, quant aux problèmes ponctuels rencontrés sur une période donnée : des conseils sont donnés aux tuteurs pour « recadrer » un élève que les enseignants voient perdre pied, le tuteur nous avertit si un élève ne fréquente plus le dispositif, afin que l’on puisse, en classe, lui en rappeler l’utilité...
Pour tout cela, la fiche de liaison est un outil efficace entre le tuteur référent et le professeur principal.
Le système a évolué, et depuis l’année dernière, un tuteur a en charge un groupe d’élèves : il est capable de l’aider dans les trois disciplines que sont le français, les mathématiques, l’histoire-géographie.
Le tutorat se consacre exclusivement à l’aide aux devoirs. Le but n’est pas de faire d’autres activités. À ce sujet, le rôle du tuteur a été clarifié et il n’est plus suspecté par les enseignants, comme c’était un peu le cas au début, de faire les devoirs à la place de l’élève.

Quelles sont la raison et la nature de votre implication dans les dispositifs d’accompagnement scolaire ?
Nous avons compris que le tutorat pouvait être une aide tout à fait exceptionnelle pour le collège : nous travaillons sur le même élément, le facteur humain, auprès des mêmes élèves, et on a compris qu’on ne pouvait pas travailler sur ce même élément sans se concerter.
C’est un moyen complémentaire pour agir là-dessus par rapport à l’école.
Et puis, ce dispositif existait, il donnait des résultats avec certains élèves : cela a permis de convaincre les enseignants qu’il pouvait être une aide et qu’il n’était pas pertinent de continuer à l’ignorer.
Plus largement, nous avons ouvert l’établissement à différents partenariats extérieurs, les plus divers possibles : à tous ceux, en fait, qui peuvent contribuer à la pacification, à la socialisation et à un travail sur la citoyenneté.

Quels effets repérez-vous ?
Avant que nous ayons resserré les liens entre le collège et le tutorat, les élèves savaient qu’ils pouvaient raconter ce qu’ils voulaient aux tuteurs. À partir du moment où les liens ont été resserrés, les enfants ont compris que ce n’était plus possible. Il y a eu forcément une amélioration de la qualité du travail et un meilleur rendement. On approche aussi beaucoup mieux les familles, car le tutorat, plus proche du terrain, est une meilleur interface pour faire ce lien avec les familles.
On note également un changement de regard des professeurs sur les élèves : un élève ne se comporte pas forcément de la même façon en classe et au tutorat. Le regard des tuteurs sur les élèves, rapporté en conseil de classe à l’équipe pédagogique, modifie donc souvent la vision que les enseignants peuvent avoir de leurs élèves.
Au-delà des élèves, ce tutorat a amélioré aussi (à la marge mais il faut le signaler) le travail d’équipe entre professeurs. Car lorsque la coordinatrice du tutorat vient en salle des professeurs pour parler des élèves, elle ne parle pas à un professeur en particulier, mais à une équipe : forcément, les professeurs ont appris à se poser les questions en tant qu’équipe, à mieux travailler ensemble.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confronté ? Quelles améliorations vous semblent souhaitables ?
Ce sont essentiellement le manque de tuteurs et le manque de moyens.
En effet, une révision de la politique sociale de la ville a entraîné des restrictions budgétaires, ce qui induit des difficultés : des locaux qui deviennent exigus, des tuteurs en sous-effectif…
Nous espérons vivement que le tutorat ne périclite pas. Et même, nous souhaitons qu’un nouveau tutorat soit mis en place dans un quartier voisin, qui fait partie de la zone de recrutement du collège, où il y a une problématique relativement différente mais tout aussi difficile…