|
Parents-École
Présentation Le partenariat Parents-École est aujourd'hui le thème de notre deuxième dossier en ligne. Enjeu essentiel pour la réussite scolaire – une Semaine des parents à l'école a lieu après la rentrée –, ce doit être l'affaire quotidienne de tous les acteurs de l'école. Un sujet ouvert où les interviews de chercheurs et d'acteurs donnent à penser et agir.Dossier créé en avril 2000. Actualisé en septembre 2006. Interviews Du côté des chercheurs > « Éclaircir le rôle de chacun et donner aux parents “quelque chose à faire" »Bernard CHARLOT, professeur de sciences de l'éducation > « Si l'on ne prend pas au sérieux les demandes des familles populaires, comment espérer instaurer des liens positifs avec elles ? » Bernard LAHIRE, professeur de sociologie > « Ce dont les parents des milieux populaires voudraient entendre parler, c'est des apprentissages et de leurs conditions. » Françoise LORCERIE, chargée de recherche au CNRS Sur le terrain > « Pour que les familles adhèrent au projet de l’école, celle-ci doit être capable d’inspirer de la confiance. »A.S., présidente de l'Afavo (Val-d'Oise) > « C’est plutôt à nous, l’équipe pédagogique, de faire les premiers pas. » F.V., coordonnateur de réseau (Haute-Saône) > « J’ai l’impression que les parents n’apparaissent pas en tant que force de propositions. » I.Z., grande sœur de collégiens (Val-d'Oise) > « L’école est une institution dont les parents sont coresponsablee. » J-C.B., principal de collège, responsable de réseau (Rhône) > « Les parents qui viennent nous voir ne sont pas toujours ceux que nous aimerions rencontrer. » J.L., conseillère principale d'éducation (Gironde) > « J’aimerais être tenue plus au courant de ce que font mes enfants à l’école. » M.H.T., parent d'élève (Val-de-Marne) > « Ce qu'il faudrait, c'est que les parents participent vraiment à l'élaboration d'une école à venir. » P.B., professeur des écoles (Puy-de-Dôme) Documents
Éclaircir le rôle de chacun et donner aux parents “quelque chose à faire” Bernard CHARLOT, professeur de sciences de l'éducation, ESCOL, Université Paris 8, Saint-Denis D'après vos observations, quelles sont les attentes des parents de milieux populaires vis-à-vis de l'école ? Je me demande si le terme d'attentes est bien adapté. Les parents des classes moyennes ont des attentes explicites, associées à des stratégies d'utilisation de l'école, en matière de parcours scolaires, par exemple. Les parents des milieux populaires sont beaucoup moins stratèges ; leur rapport à l'école est constitué d'espoirs, d'attitudes plus que d'attentes explicites, de tactiques au coup par coup plus que de stratégies à long terme. Les chercheurs constatent chez ces parents une forte confiance en l'école. Ils savent que la réussite scolaire est pour leurs enfants le meilleur, voire le seul, moyen de réussite sociale – en tout cas le seul moyen légal. C'est vrai notamment dans les familles issues de l'immigration qui – surtout si les parents n'ont pas fait eux-mêmes d'études – voient en l'école une chance extraordinaire. Ces parents confient leurs enfants aux enseignants, qui ont le savoir et doivent faire réussir leurs enfants. De leur côté, ils assument ce qu'ils considèrent être leur rôle de parents, c'est-à-dire qu'ils assurent les conditions de base de la scolarisation, notamment les conditions matérielles : les parents doivent envoyer à l'école des enfants propres, correctement habillés, ayant bien dormi, arrivant à l'école à l'heure, polis et sages. Par ailleurs, les parents pensent qu'ils doivent vérifier les cahiers et s'assurer que les devoirs ont été faits. Ils assument cette tâche « avec les moyens du bord » : par exemple, une mère analphabète regardera les cahiers de ses enfants et demandera des explications chaque fois qu'elle verra des annotations de l'enseignant au stylo rouge. Il s'agit d'un partage des rôles : en échange de leur confiance en l'école, les parents attendent que celle-ci ne se mêle pas de ce qui se passe dans la famille. Toutefois, ils peuvent aussi lui demander de « tenir l'enfant » si eux n'y arrivent pas. Si la famille estime que ce pacte implicite est rompu, elle peut basculer vers l'agressivité. Ce peut être le cas si elle pense qu'on ne « s'occupe pas bien de l'enfant », qu'on ne « le comprend pas », voire que l'école ne le mène pas à la réussite alors que c'est sa tâche. Mais la famille peut aussi basculer vers le repli ou la résignation : quand ceux qui sont instruits et dont c'est le métier « n'y arrivent pas », que peuvent faire les parents ? Ces parents investissent fortement dans l'école (pas tous, bien sûr, mais la majorité d'entre eux) mais on les y voit peu, ils « participent » peu. C'est logique : ils considèrent que ce n'est pas à eux de dire à l'école ce qu'elle doit faire. Mais, du même coup, les enseignants ne perçoivent pas ce fort investissement des parents et interprètent souvent cette absence de participation visible comme étant de l'indifférence ou du désintérêt. D'où un malentendu de base, qui brouille les représentations que ces parents et les enseignants ont les uns des autres. En fait, parents de milieux populaires et enseignants sont implicitement d'accord sur le principe de base : à chacun son rôle. Mais encore faut-il que ces rôles soient définis de la même façon, connus et reconnus. Or, souvent, ce n'est pas le cas. Ainsi, les enseignants connaissent mal le partage des tâches dans la famille en matière d'éducation et de suivi scolaire. Dans les familles populaires, et encore plus dans celles d'origine « méditerranéenne », l'éducation des enfants relève des femmes, le père restant en réserve pour les cas graves et pour les cas où c'est l'image de la famille elle-même qui est en jeu. Dès lors, lorsque le père se rend à l'école, soit de lui-même soit parce que celle-ci insiste pour le voir, c'est en tant que représentant de la famille, dans une situation considérée comme grave. Il doit prendre parti clairement, soit pour l'institution scolaire – à qui il donne éventuellement des gages en frappant publiquement l'enfant – soit pour l'institution familiale, dans un conflit avec l'école vif, voire violent. Et dans les deux cas, il est perdant, l'institution le jugeant soit comme une brute familiale soit comme un père hostile à l'école. L'école répond-elle à ces attentes, s'accorde-t-elle à ces attitudes ? Pas toujours, puisque, comme je viens de le dire, elle ne comprend pas toujours bien ce qui se passe. L'essentiel serait qu'elle comprenne que la grande majorité des familles populaires font confiance à l'école, au moins tant qu'elles sont persuadées que l'école fait tout pour que l'enfant réussisse. Cet espoir de réussite, c'est la clef de tout (pas seulement pour les parents, d'ailleurs, pour les élèves aussi). D'où le succès foudroyant de « l'aide aux devoirs » : les parents pensent que le succès scolaire passe par des devoirs bien faits mais se sentent démunis pour aider les enfants. Il ne s'agit pas pour eux de se défausser sur d'autres, mais au contraire de donner toutes les chances à leurs enfants. Aussi, ce qu'ils demandent, ce n'est pas des activités éducatives péri-scolaires mais de l'aide aux devoirs. Sur quoi peuvent s'appuyer les équipes pour faire évoluer les choses ? Il faudrait sans doute distinguer primaire et secondaire pour aller au fond des choses. En tout cas, il faut, à mon avis, éclaircir le rôle réciproque de chacun et donner aux parents « quelque chose à faire ». On peut prendre appui ici sur la thèse de Jacques BERNARDIN, qui a donné lieu à un livre (« Comment les enfants entrent dans la culture écrite », Retz, 1997). Il distingue deux grands groupes d'élèves à l'école primaire - les « passifs-récepteurs », souvent issus des milieux populaires, auxquels leurs parents font faire, en dehors de l'école, un travail scolaire routinier et répétitif (on leur apprend l'alphabet, par exemple, ou on les fait réciter « par cœur »), et auxquels les parents tiennent un discours dans lequel l'école est synonyme de renoncement, de sacrifice (« tu verras, quand tu seras à la grande école, tu ne pourras plus faire cela ») ; je suis moi aussi frappé par le fait que l'école est souvent perçue par les jeunes (et uniquement perçue) en termes de renoncements : à cause de l'école, on ne peut pas regarder la télévision le soir, on doit faire ses devoirs au lieu d'aller jouer avec les copains, etc. - les « actifs-chercheurs », issus plus souvent des classes moyennes, qui donnent à leurs enfants une ouverture vers d'autres espaces culturels (ils vont visiter des musées, des châteaux), et présentent l'école comme un plus, en insistant sur le plaisir de comprendre, d'apprendre, même si celui-ci est accompagné d'une part d'effort. Il faudrait donc, d'abord, repenser au rapport à l'école induit chez les parents de milieux populaires non seulement par leur propre passé scolaire mais aussi par le discours social, y compris par les responsables politiques. Il faudrait rappeler clairement que l'école est, ou devrait être, un univers de sens et de plaisir et pas seulement de sacrifice et de renoncement ; c'est un lieu où on apprend et pas seulement un moyen d'insertion professionnelle. On doit trouver du plaisir dans le travail et l'effort. Ensuite, quel que soit le niveau d'enseignement, les parents ont un rôle à jouer. On ne doit surtout pas leur dire « Ne vous mêlez de rien ». S'il n'y a pas de dialogue sur la participation qui doit être la leur aux tâches scolaires et à la réussite de leur enfant, ils s'en mêleront de toute façon, mais « sauvagement », à leur manière, en fonction d'une représentation de leur rôle qui n'aura pas fait l'objet d'échanges avec les enseignants. Il faut que les enseignants et les parents parlent (dans un dialogue, ce qui implique une écoute réciproque) de la façon dont les parents peuvent « s'en mêler » efficacement – en n'oubliant pas que tous les parents n'appartiennent pas aux classes moyennes et que l'on peut être un parent tout à fait « légitime » et attaché à la réussite de son enfant sans avoir pour autant les comportements des classes moyennes. Plus généralement, il faut prendre garde, sur ce point, à ne pas rejeter systématiquement sur les parents tous les malheurs et toutes les difficultés (bien réelles, et souvent importantes dans certains établissements) que les enseignants ont à affronter. Il faut s'appuyer sur une connaissance plus réelle et moins fantasmatique de ce que sont les parents. On ne peut pas travailler avec des parents « fantasmatiques ». Il est indispensable de ne pas dévaloriser les parents et d'en finir avec le discours contradictoire qui, d'une part déclare que la réussite scolaire passe par l'investissement des parents, et d'autre part pose en principe que ces mêmes parents sont incapables d'un tel investissement. Mais il faut aussi prendre garde à ne pas culpabiliser des enseignants que l'on place parfois face à des exigences contradictoires, au point que leur travail devient très difficile, voire héroïque (avec, dans ce cas, le risque que les parents deviennent des boucs émissaires). Il faut que l'institution scolaire, en tant que telle, prenne ses responsabilités, dise clairement ce qu'elle attend des enseignants et ne confonde pas une demande, légitime, d'amélioration des pratiques scolaires vis-à-vis des enfants de milieu populaire et un renvoi sur les enseignants, illégitime, de toutes les difficultés de l'école en quartier populaire. Sur cette question des rapports entre les enseignants et les parents de milieux populaires, comme sur d'autres, on a aujourd'hui besoin, à la fois, de repères symboliques forts et clairs (ce qui relève du politique) et d'une évolution des pratiques quotidiennes sur « le terrain » (ce qui relève d'une professionnalisation accrue). Il faut aujourd'hui réinventer, sous des formes nouvelles, cette alliance du politique et des pratiques quotidiennes en classe qui, en son temps, a assuré le succès de l'école de Jules Ferry. (janvier 2000) Si l'on ne prend pas au sérieux les demandes des familles populaires, comment espérer instaurer des liens positifs avec elles ? Bernard LAHIRE, professeur de sociologie, Université Lumière Lyon 2, Institut Universitaire de FranceLes attentes des milieux populaires par rapport à l'école Les attentes des familles populaires vis-à-vis de l'école sont énormes, même lorsqu'on s'imagine, à partir d'une interprétation trop rapide et injuste des résultats scolaires des enfants, que les parents se désintéressent totalement de la scolarité de leurs enfants. Il y a une différence entre "désintérêt" (ce qui suppose une responsabilité morale) et "délégation" (qui est le produit d'une distance terrible à l'égard de l'institution, de ce qui s'y fait, de ses enjeux propres, etc.). Bien entendu, il existe des parents qui ne sont pas en situation favorable pour s'intéresser à l'école (par soucis matériels, économiques, etc., divers), mais il serait injuste de présupposer une indifférence coupable. Ce genre de jugement très dur à l'égard d'une partie des milieux populaires est typiquement ethnocentrique : il est émis par des membres des classes moyennes et supérieures que la précarité économique ou professionnelle, le chômage, l'incertitude généralisée en termes d'avenir ne frappent pas de plein fouet. Il faut beaucoup de conditions sociales favorables (économiques et culturelles) pour qu'on ait un univers familial orienté naturellement vers l'intérêt scolaire de l'enfant. Les parents des milieux populaires expriment leur volonté globale de voir leurs enfants "s'en sortir" mieux qu'eux (au sens où ils auraient un travail moins dur, moins dégradant, plus stable, etc.) et ils savent dans la grande majorité des cas que l'école est un levier fondamental de cette ascension sociale, même minime. L'école répond-elle à ces attentes ? L'école déçoit de plus en plus les attentes des parents, dans le sens où l'inflation des diplômes fait nécessairement baisser leur valeur sur le marché de l'emploi. Mais c'est l'école en tant que dispensatrice d'assurance professionnelle (et tout ce qui va avec : stabilité matérielle, possibilité d'un projet familial, etc.) qui déçoit les attentes, pas l'école « transmetteuse de savoirs ». Je crois qu'aujourd'hui les pédagogies modernes qui prônent de plus en plus l'autonomie de l'enfant privilégient, sans toujours bien le savoir, des modèles d'action et d'incitation scolaires qui présupposent un long, patient et précoce travail éducatif familial. Or ce travail existe dans certaines familles (celles appartenant aux classes moyennes et aux classes supérieures) mais pas nécessairement dans les familles de milieux populaires. Ces pédagogies risquent donc - tout en développant un discours très généreux sur l'accession de tous à l'autonomie, à la responsabilité et à la citoyenneté (qui pourrait s'opposer à un tel programme ?) - d'être productrices de nouvelles inégalités. Je me demande aussi, pour travailler depuis trois ans sur la construction de l'autonomie à l'école primaire, si la pédagogie différenciée ne conduit pas parfois à une acceptation tacite des différences socialement produites : sous prétexte de respecter les rythmes de chacun, ce sont en définitive des différences entre groupes sociaux que l'on enregistre et - ce qui est plus grave - que l'on légitime parfois avec un tel discours pédagogique. Les relations familles-école Tout ne passe pas par les relations directes, les interactions avec les parents des élèves. Cette insistance sur les relations parents-enseignants (familles-école) en matière de lutte contre "l'échec scolaire" révèle souvent une conception un peu idéaliste de la communication qui ne voit les problèmes sociaux que comme des "problèmes de communication" ou de "manque de dialogue". Si les sociologues ont pu parler de "malentendu culturel" pour rendre compte des inégalités sociales devant l'école, il faudrait toujours rajouter que ce n'est pas le genre de malentendu qui se résout par la simple conversation ou le dialogue. Ce sont des "malentendus" profonds, liés à une situation sociale et historique structurelle et non à des "déficits de communication" qui existeraient entre individus. Ils ont à voir avec plusieurs siècles d'alphabétisation et de scolarisation différenciées, avec un siècle d'accès différencié à la culture légitime, avec des structurations durables de nos formations sociales en classes sociales, etc. On ne fait pas tomber les malentendus engendrés par des différences de conditions d'existence (matérielles et symboliques) en mettant les gens "en relation" ou en "interaction". Car ces "relations" ou "interactions" peuvent être, si l'on n'y prend pas garde, productrices elles-mêmes de "malentendus". Cela ne signifie pas qu'il faille abandonner totalement l'idée de créer des liens entre l'école et les familles, mais un tel projet supposerait de s'interroger préalablement sur les conditions favorables à une telle relation. On sait, désormais, que la "réunion d'information" est un lieu à faible "rentabilité informationnelle" ! Il s'agit d'un espace public, formel et légitime de parole auquel les personnes les plus dépourvues de diplômes n'ont guère envie d'être confrontées (venir dans ces réunions et prendre la parole en public n'est pas une chose aisée, surtout si l'on a le sentiment de ne pas être légitime). D'autres modes de "contacts" sont à inventer. Et l'on doit, au bout du compte, respecter aussi le fait que lorsque les parents travaillent tous les deux, que les soucis économiques ou familiaux sont grands, etc., ils ne puissent tout simplement pas se rendre à l'école. Pourquoi faire planer sur eux le soupçon d'une "démission parentale" ? Mais il faudrait surtout commencer par prendre l'habitude de respecter les demandes, et parfois même les critiques, émises par les parents de milieux populaires. Je pense ici à une enseignante d'école primaire interviewée qui mettait en place avec ses collègues de nombreuses activités pour développer "l'autonomie" au sein de son école. Elle évoque l'incompréhension des parents de milieux populaires qui trouvent que, dans cette école, les enfants ne font que "jouer". Elle balaie alors (trop) rapidement cette critique en disant, de manière assez violente : "C'est vrai qu'il y a des parents qui ne savent pas ce que c'est qu'apprendre". Je ne suis pas sûr qu'il n'y ait pas parfois plus de réalisme pédagogique du côté de ces familles que du côté des acteurs de l'éducation. Si l'on ne prend pas au sérieux les demandes (perçues comme "traditionnelles" et donc obsolètes) des familles populaires (ce qui ne veut pas dire accéder à toutes ces demandes), comment espérer instaurer des liens positifs avec elles ? (janvier 2000) Ce dont les parents des milieux populaires voudraient entendre parler, c'est des apprentissages et de leurs conditions Françoise LORCERIE, chargée de recherche au CNRS, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Aix-en-ProvenceD'après vos observations, quelles sont les attentes des parents de milieux populaires vis-à-vis de l'école ? Je commencerai par deux mises en garde. D'une part, on ne peut pas parler des parents de milieux populaires de façon générique, toutes les familles ne fonctionnent pas à l'identique ; de même, les écoles et établissements sont tous différents les uns des autres. D'autre part, mes recherches portent essentiellement sur les relations entre l'école et les parents dans les grandes villes ou leurs banlieues, et plus particulièrement à Marseille et dans la région. Quelles sont leurs attentes ? On les connaît mal, en réalité. Bien rares sont les écoles et établissements qui se préoccupent de susciter leur expression ! Néanmoins, pour autant que je sache, les attentes des parents de milieu populaire sont comparables, globalement, à celles des parents des classes moyennes. Leurs questionnements, leurs ambitions, leurs vœux sont largement les mêmes. Les statistiques de la Direction de la programmation et du développement font par ailleurs apparaître indirectement certaines variations à cet égard, comme l'ambition marquée des parents immigrés lors de l'orientation à l'issue du collège, laquelle semble responsable de l'avantage relatif dont bénéficient leurs enfants à ce palier, par rapport aux autres enfants de milieu analogue. Si les familles ne manquent pas d'ambitions, elles souffrent cependant d'un manque de savoir-faire dans la "mise en scène" de leurs relations avec l'école. Les parents sont pleins de peurs et de craintes envers les agents de l'éducation nationale. Réciproquement, du côté de ces derniers, peurs et préventions les incitent à ne pas se laisser "envahir" par le quartier et donc à se protéger. De ce point de vue, il faut être attentif aux discours sur la "protection de l'école" (la contravention d'intrusion) qui donnent prise à des interprétations du type "l'école doit se défendre contre le quartier". On est alors en contradiction avec les autres discours sur les vertus du "partenariat". Bien que la loi institue le principe de la "communauté éducative", les moyens pour la faire vivre et les lieux pour qu'elle fonctionne vraiment sont rarement pensés, en amont comme sur le terrain. J'ajoute que si les attentes des parents sont positives, elles ne sont pas pour autant figées. Elles évoluent en fonction des réponses que leur donne l'école. Il serait plus juste de parler d'une relation qui se développe, qui peut s'étioler ou se réorienter en fonction des réponses, du degré de compréhension obtenu. L'école répond-elle à ces attentes ? Disons tout d'abord que les professionnels de l'école ont du mal à trouver le bon registre de langage et de comportement à l'égard des personnes de milieu populaire, Ils ont souvent du mal à être familiers (ce qui ne veut pas dire être vulgaires). Cette difficulté peut entraîner des conflits, des interprétations erronées. Gérer ces conflits, mettre en place les formes de médiation nécessaires n'impliquent pas nécessairement la mise en place de parents ou de personnes-relais. La question posée n'est autre en effet que celle de la place des parents dans la "communauté éducative" dont nous parlions plus haut. D'un point de vue institutionnel, cette question est réglée tant par la loi d'orientation que par les textes qui demandent pour les parents accueil, dignité, reconnaissance, droit à l'information, participation à la communauté éducative. Ces textes répondent aux attentes, il faut le souligner. Mais d'un point de vue concret, les écoles et établissements ont du mal à répondre aux dites attentes, qu'ils appréhendent mal ou qu'ils craignent. Mis à part quelques moments privilégiés comme certains stages "École/quartier", il existe peu d'occasions où les parents sont réellement écoutés et où les agents de l'éducation nationale peuvent vraiment entendre leurs envies réelles et leurs propositions. Hors des réunions statutaires et formelles, il n'est pas vraiment prévu de recevoir les parents, de les écouter (il n'y a d'ailleurs pas d'endroit pour cela). Lorsque des actions sont mises en place, elles ne sont généralement ni co-élaborées, ni conduites de façon concertée, et elles reproduisent l'asymétrie du rapport d'enseignement : les parents sont souvent remis en situation d'apprenants et se retrouvent à une place d'élèves, semblable à celle de leurs enfants. Or, pour résumer ce que je sens du terrain, la grande demande des parents de milieu populaire serait de voir s'instaurer entre eux et les professionnels de l'école des relations interpersonnelles de co-éducateurs. Et le grand objet de leur intérêt, ce sont les apprentissages et leurs conditions. C'est ce dont les parents de milieux populaires veulent entendre parler. Ils souhaitent en savoir plus sur ce que leurs enfants font à l'école, et se passionnent, par exemple, pour les méthodes de lecture. Sur quoi peuvent s'appuyer les équipes pour faire évoluer les choses ? Il est difficile de répondre à cette question car les logiques de réforme de l'école poursuivies par nos gouvernements sont ambiguës. Deux lignes de sens se contaminent : - d'un côté, une logique "de la demande", qui reconnaît aux parents des droits de type démocratique en quelque sorte (le droit à poser des questions, le droit à prendre part à la décision). Elle amènerait les professionnels à mettre en place les conditions favorables à l'écoute de la "voix" des parents. Or, bien qu'il y ait eu des avancées en ce sens, on peut constater que le fonctionnement des instances délibératives (conseils d'école ou d'administration, conseils de classe) ne permet généralement pas aux parents de faire entendre leur voix. - Parallèlement, l'autre ligne d'évolution privilégie une logique de "l'offre". Elle exalte "l'efficacité du service public", la satisfaction de "l'usager". Dans cette logique, le problème n'est pas tant d'écouter les parents, que de leur garantir un service qui réponde à leur attente de réussite pour leurs enfants - par exemple en limitant (administrativement) les redoublements, en accroissant la transparence des résultats du système scolaire, etc. Or, bien qu'il y ait aussi des avancées dans cette voie, plus que dans l'autre aujourd'hui, elles sont limitées, eu égard aux réticences des personnels notamment, et les parents des milieux aisés savent utiliser les latitudes qu'elles offrent, beaucoup mieux que ceux des milieux populaires. C'est flagrant, par exemple, en matière de jeu avec la sectorisation. Entre ces deux logiques, nos gouvernements n'ont pas vraiment choisi - le peuvent-ils, d'ailleurs, en cette matière essentielle et passionnément investie ? - et chaque école ou établissement encore moins, ce qui conforte le maintien d'une logique "administrative", "fermée" dans les relations avec les parents. Mais au total, la bonne volonté des équipes n'est pas en cause, et il ne sert à rien de les culpabiliser par des discours sur la mobilisation nécessaire à l'égard des parents. La question doit d'abord trouver une réponse institutionnelle, voire légale. (janvier 2000) Pour que les familles adhèrent au projet de l’école, celle-ci doit être capable d’inspirer de la confiance A.S., présidente de l'association Afavo (Val-d'Oise)Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l'école ? L'Afavo (Association des femmes africaines du Val-d'Oise), vis-à-vis de l'école, a une position d'interface entre des migrants qui ont des difficultés pour intégrer le fonctionnement de la société d'accueil. Nous essayons, aussi bien pour ces personnes que pour l'école, d'apporter des grilles de lecture qui ne soient pas trop brouillées. Mais nous ne pouvons jouer ce rôle d'interface que lorsque nous avons bien compris les positions des deux parties. Pour que les familles adhèrent au projet de l'école, celle-ci doit être capable d'inspirer de la confiance. Elle doit donner toute sa place aux parents, même si certains ont parfois des difficultés pour s'exprimer. Ce que l'on attend de l'école, nous, c'est qu'elle soit également à notre écoute. La plupart du temps, c'est l'institution qui nous interpelle, lorsqu'il y a un problème, et nous agissons du mieux que nous le pouvons. Mais si, sur le terrain, le partenariat avec les enseignants qui nous interpellent fonctionne plutôt bien, à l'inverse, lorsque notre intervention ne se préoccupe pas seulement du cas par cas, mais veut soulever un problème plus général, nous n'avons pas le sentiment d'être écoutés par l'institution. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Certains parents ont de grosses difficultés de compréhension par rapport aux intentions de l'école. En revanche, il ne nous semble pas que l'école ait bien mesuré l'importance du travail de prévention que nous lui proposons. Ce que nous voulons, c'est être perçus comme des interlocuteurs qui réfléchissent en terme de solution. Si l'on veut vraiment résoudre les situations de conflit, il faut s'intéresser aux individus, essayer de comprendre dans quelles conditions ils vivent, quels sont les problèmes qu'ils rencontrent… Certaines personnes sont déstabilisées par le chômage et ne trouvent plus leur place dans la société, parfois dans leur famille même. Ils vivent dans des conditions insupportables, ce qui nuit aussi, d'une certaine manière, à l'autorité parentale, tout est plus ou moins lié. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Nos actions se concentrent autour de l'alphabétisation, de la garde d'enfants avec des activités d'animation, ce qui leur permet de se socialiser, d'entrer en contact avec d'autres enfants et des adultes avant d'affronter la scolarité. Les différents ateliers que nous organisons avec les mères ou les enfants (soutien scolaire, informatique, citoyenneté, justice…) nous permettent de faire un travail de prévention, de socialisation. Évidemment, l'association est souvent amenée à jouer un rôle de médiateur lorsqu'il y a des problèmes avec un enfant. Certains parents se sentent culpabilisés et ont de réelles difficultés à rencontrer l'école. Ils ont un peu le sentiment d'être jugés. Et leur difficulté à bien s'exprimer en français s'ajoute à cela. Donc, nous accompagnons les parents et essayons de démêler les cas qui sont parfois fort délicats. Nous avons mis en place un projet que nous avons appelé citoyenneté informatique pour initier à cette discipline les enfants et tous ceux qui le désirent. Cela a servi de support à notre action sur la citoyenneté, puisque cette activité est ouverte sur le quartier, touche toutes les générations, et nous permet de nous rencontrer, de dire ce que l'on fait, d'échanger des informations. Nous avons aussi des discussions, par exemple, sur l'autorité parentale en Afrique et sur ses pratiques en Occident. C'est un parallèle intéressant à faire. Nous allons aussi prochainement organiser une visite des femmes au commissariat. Nous avons les accords. Cela permettra à ces femmes d'avoir une meilleure compréhension de ce qui s'y passe et de ne pas voir cette institution seulement dans son aspect répressif. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. Lors d'un conflit entre l'école et des parents qui avaient complètement perdu confiance en l'école à cause d'un contentieux lourd touchant un enfant, nous avons mis au point une chose toute bête mais qui fonctionne. Pour que les parents puissent avoir une relation régulière avec l'école, suivre la scolarité de leurs gamins, prennent toute leur place, nous avons mis au point un code couleur représentant une graduation simple des appréciations des enseignants. Lorsqu'il y a un mot avec une couleur rouge, c'est très mauvais et il faut dans ce cas que les parents prennent rapidement contact avec la maîtresse, vert c'est très bon, orange moyen… Bien sûr, il y a la présence de la médiatrice aux côtés des parents lors des rencontres et nous faisons de l'interprétariat, le cas échéant. Ça permet de renouer un dialogue, de redonner de la confiance, et aux partenaires de se comprendre. (janvier 2000) C’est plutôt à nous, l’équipe pédagogique, de faire les premiers pas F.V., coordonnateur de réseau (Haute-Saône)Quelles sont vos attentes vis-à-vis des parents ? Moi, je dirais qu'à la limite je n'aurais presque pas d'attente vis-à-vis des parents. Je pense que c'est plutôt à nous, l'équipe pédagogique, de faire les premiers pas pour entamer des relations qui vont se développer par la suite, expliquer par exemple le fonctionnement de l'école. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Nous avons fait une enquête dans le cadre du contrat de ville. Nous avons choisi une quarantaine de familles représentatives des parents que l'on rencontre généralement en Zep. Parents issus de l'immigration et parents, je dirais, français d'origine. Ce qui en est ressorti, pour ce qui concerne la population issue de l'immigration, c'est que ces parents sont peu allés à l'école. En revanche, ils avaient confiance en l'école et misaient sur elle, comprenant que la réussite sociale de leurs enfants passait par la réussite scolaire et des études universitaires. Ces parents étaient dans une attitude de confiance mais ils ne s'autorisaient pas à se mêler des affaires de l'école. En ce qui concerne les parents français d'origine, c'est une population que j'appellerais, peut-être, du quart-monde. Dans ces familles, l'école a souvent une image très négative. Le faible niveau d'instruction des parents, leur échec scolaire, aussi, font que ces parents ont tendance à répercuter cette image négative de l'école en essayant notamment de limiter au minimum les contacts avec celle-ci. Du fait de leur isolement, ces familles sont difficiles à contacter et le travail avec elles est loin d'être évident. Elles ne sont pas représentées par des associations et la précarité les confronte souvent à des problèmes basiques de travail, de nourriture et d'habillement, ce qui fait que l'école n'est évidemment pas leur problème principal. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Nous pensions qu'il serait intéressant que les instances représentatives des parents d'élèves dans le quartier soient présentes à l'école et nous sommes en train d'y arriver. L'école est un service public, elle a un devoir d'explication, de se rendre plus lisible, plus compréhensible. C'est une de ses missions, et plus particulièrement en Zep. Notre objectif, c'est la réussite scolaire et dans ce cadre nous savons que nous avons besoin des parents. Nous faisons des réunions d'orientation sur le quartier, au centre social avec des interprètes, et d'année en année nous avons de plus en plus de parents qui y participent. L'interprétariat a permis de briser la barrière de la langue ; lorsque les gens n'arrivent pas à se parler, ils n'ont pas vocation à rentrer en contact spontanément. Tout cela en liaison avec les associations communautaires de quartier, et tout particulièrement une association départementale chargée de l'intégration par le FAS, la préfecture et l'État. Nous organisons des visites du collège pour les parents du quartier, rencontres avec le principal, le CPE, l'infirmière, explications sur le fonctionnement du collège, ce que c'est qu'un professeur, un principal, le carnet de liaison - que nous sommes d'ailleurs en train de traduire, ce qui est une reconnaissance de la culture des parents. On organise des débats d'information avec ceux qui suivent les cours d'alphabétisation, sur la lecture, l'importance du livre, sur les rythmes scolaires, sur les devoirs et l'accompagnement scolaire, etc. Dans le cadre du contrat de ville, une demi-journée par semaine en période scolaire, une salle équipée en informatique est ouverte à ceux qui veulent s'initier à ces techniques. Les cours d'alphabétisation sont mixtes et fonctionnent très bien. Cela permet aussi aux parents d'avoir une culture commune avec leurs enfants liée à l'enseignement. Et nous avons ouvert, hors plan scolaire, une salle de l'atelier couture avec une prof qui dispense des cours de couture aux femmes du quartier, toutes origines confondues. Ces actions créent du lien et une certaine reconnaissance, elles donnent une image positive de l'école qui fait que les situations conflictuelles deviennent de plus en plus rares. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. Les éducateurs scolaires, des emplois-jeunes, font un excellent travail sur le quartier. Ce sont des actions très volontaristes, en termes de médiation, de suivi, de travail de répétiteur avec les élèves en situation plus ou moins de difficulté, d'animation de bibliothèque. J'ai moi-même un collaborateur, un emploi-jeune, qui travaille avec moi sur la Zep sur des actions tranversales liées aux associations. Nous avons deux jeunes du quartier qui travaillent avec nous dans les écoles mais avec une mission spécifique Zep. Nous avons mis sur pied un centre de découverte de l'environnement au lac de Vesoul, à quelques kilomètres de la Zep. Une sorte de laboratoire pédagogique permettant de donner du sens aux apprentissages du travail en français, en géographie, etc., lutter contre l'inappétence scolaire et impulser une pédagogie active et motivante pour nos élèves. Cette année nous avons organisé un forum Zep avec tous les enseignants, les responsables de structures, des bibliothèques de quartier. Symboliquement, il était important que tout le monde qui touche à l'éducation des enfants puisse échanger et apprécier que nous avons des objectifs communs, chacun dans son rôle, bien sûr, mais nous avons à travailler ensemble. Nous avons créé un bulletin de Zep, un journal de quatre pages tiré à 400 exemplaires où nous expliquons ce que nous faisons dans les écoles et ce qui se fait autour des écoles. C'est distribué aux enseignants, aux parents d'élèves, sur le quartier. C'est très apprécié par tous et notamment par les enseignants qui peuvent ainsi savoir ce qui se fait dans les autres écoles. (janvier 2000) J’ai l’impression que les parents n’apparaissent pas en tant que force de propositions I.Z., grande sœur de collégiens (Val-d'Oise)Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l'école ? Il n'y a pas à proprement parler d'attente, plutôt la recherche d'une coordination entre les parents et l'école, qu'il y ait une meilleure compréhension des deux côtés, ce serait bien. On a toujours la fâcheuse tendance à accuser l'autre lorsque ça ne va pas. Donc je ne peux pas vraiment répondre à cette question sinon qu'on essaie de se débrouiller au mieux avec les règles qui nous sont imposées. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Une sorte de détente, j'ai l'impression que les relations s'améliorent. On a moins tendance à rejeter la faute sur l'un ou sur l'autre. En instaurant des heures d'étude après l'école, le collège, en accord avec les parents fait un travail de prévention auprès des plus jeunes. Dans la même idée les heures de permanence sont obligatoirement faites au collège, l'emploi du temps est systématiquement vérifié. Il y a aussi, sur le carnet de correspondance, ce qu'on appelle le tampon rouge qui autorise ou non la sortie de l'enfant si le professeur est absent. Ce qui est bien sûr rassurant pour les parents ou les grands frères et sœurs qui ont la responsabilité des plus petits. Il y a par rapport à ce besoin d'être rassuré une collaboration entre les parents et l'école. Depuis peu, les bulletins scolaires ne sont plus envoyés par la poste, ce sont les parents qui doivent se déplacer pour venir les chercher à l'école. Et là aussi il y a une adaptation à la réalité de la vie parce que ce n'est pas obligatoirement un parent qui doit venir, mais un adulte, un grand frère ou une grande sœur. C'est plus souple à ce niveau-là et ça crée une meilleure entente entre les parents et l'école. C'est l'occasion pour l'adulte qui se déplace de rencontrer et de discuter avec les professeurs. C'est l'amorce d'un dialogue, on rencontre les professeurs un par un, durant une matinée, on discute avec eux de la scolarité de l'enfant. Auparavant certains parents ne venaient pas lorsque les professeurs leur donnaient des rendez-vous ponctuels et de cette manière c'est un peu plus institutionnalisé et je crois que ça fonctionne beaucoup mieux. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? J'ai une attitude favorable par rapport au rapprochement parents/école. Mais il me semble qu'il n'y a pas vraiment de démarche de la part des parents, à part, peut-être, la réponse plus positive de certains parents face aux innovations du collège, comme je vous l'ai déjà indiqué. Il y a les délégués des parents, j'ai l'impression qu'ils s'occupent de la scolarité des enfants, mais peut-être pas en tant que force de propositions. Je crois que les améliorations du climat parents/école sont plutôt du fait du collège, qui a un rôle moteur, et pas tellement des parents, qui suivent un peu au jour le jour. Il y a sans doute des propositions qui sont débattues lors des conseils de classe, mais je n'y assiste pas. Il y a certainement une plus grande implication des parents puisque maintenant, avant la rentrée, il y a des réunions avec les parents où on leur explique le fonctionnement de l'école, à quoi sert le carnet de liaison… On sent que l'école a une démarche positive vis-à-vis des parents en essayant de plus les impliquer dans l'éducation et la scolarité de leurs enfants, notamment pour qu'ils soient plus vigilants, qu'ils vérifient régulièrement le carnet de liaison, ce qui est essentiel. Parce que ce que je vois, moi, c'est que ce sont surtout les grands frères ou les grandes sœurs qui s'occupent du suivi scolaire des plus jeunes. Les parents ont un regard plutôt général, les notes sur le bulletin, la moyenne, et n'ont pas toujours la possibilité d'entrer dans le détail, les devoirs, les problèmes administratifs… D'autant qu'il y a une langue propre à l'administration, qui n'est pas vraiment le français courant et qui devient très vite rébarbative pour des parents qui ne détiennent pas bien la langue française. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. On pourrait envisager de faire découvrir, lors d'une journée et à un moment dans la scolarité, la culture des autres parents, puisque dans nos quartiers il y a un brassage assez intense, multiculturel justement, des populations. Ce serait plutôt bien et sans doute profitable aux autres élèves. Surtout peut-être pour les mères, puisque souvent elles ne travaillent pas et, avec des traducteurs, par exemple, elles pourraient faire découvrir une partie de leur culture, la danse, ou la cuisine, ou d'autres choses encore… On pourrait aussi, peut-être, organiser des cours d'alphabétisation, de français en direction des parents qui le désirent. Ce serait un bon moyen de faire venir plus souvent les parents dans l'école et ils s'intéresseraient peut-être de cette façon un peu plus au travail de leurs enfants. (janvier 2000) L’école est une institution dont les parents sont coresponsables J.-C. B., principal de collège, coordonnateur de réseau (Rhône)Quelles sont vos attentes vis-à-vis des parents ? Ce que l'école attend des parents, c'est qu'il y ait un vrai suivi éducatif du travail des élèves. Nous nous attendons à ce que le discours qui est tenu à l'école soit un discours qui soit relayé à la maison et que ce soit un discours cohérent. Ce que nous attendons aussi, ce sont des parents qui suivent leurs enfants non pas au niveau de leur travail parce que beaucoup n'ont pas la faculté de leur expliquer les devoirs qu'ils ont à faire, mais que les parents parlent à leurs enfants de ce qu'ils font à l'école. Ce que nous expliquons aux parents lorsque nous les rencontrons c'est l'importance du dialogue avec leurs enfants, de leur demander ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont vu, ce qu'il se passe à l'école dans la journée. Parce que dans des zones comme Vénissieux, quand des enfants subissent des pressions, se sentent dominés par d'autres élèves, il faut absolument que ces enfants puissent se confier à leurs parents, aux enseignants ou au chef d'établissement le plus tôt possible. Les enfants qui dérivent sont des enfants qui ont cessé de parler, ils ne communiquent plus, ils trouvent souvent un refuge auprès des caïds de leur quartier. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Certains parents (10 % environ) sont dans un tel état de difficulté personnelle, économique et sociale, que ce sont des gens qui sont devenus en quelque sorte inatteignables. C'est très difficile pour nous d'entrer en contact avec ces parents-là. On s'aperçoit, au contraire, qu'il y a des parents qui ont des stratégies très positives. Ils font confiance, ils viennent nous voir et, surtout, ils établissent une relation. Nous avons aussi des parents - comme dans les milieux favorisés, d'ailleurs - qui sont des consommateurs d'école. C'est-à-dire qu'ils viennent, ils souhaitent que leurs enfants aient les meilleurs professeurs, qu'ils se trouvent dans les meilleures classes, et quand cela ne va pas comme ils le souhaiteraient, ils viennent protester comme des usagers parce que le service rendu ne leur semble pas suffisamment bon. Notre souci c'est de dire que l'école est une institution et qu'ils sont coresponsables, que c'est ensemble que nous allons essayer de faire avancer les choses. Nous leur expliquons que nous ne sommes aucunement des prestataires de service, que nous ne fonctionnons pas uniquement en terme de rentabilité, de rendu efficace. Nous avons des élèves en grande difficulté dont les parents veulent absolument qu'ils fassent des études longues. Alors, quelquefois, il y a des désillusions assez déchirantes en troisième parce que certains enfants ne peuvent pas aborder la classe de seconde. Il y a un principe de réalité qui fait qu'effectivement certains enfants ne peuvent pas aborder de longues études. Et, évidemment, nous devons fournir un effort supplémentaire pour redonner confiance à ces parents-là et à leurs enfants. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Pour que les parents viennent à l'école, pour entrer en contact avec eux, nous avons limité au minimum les grandes réunions de parents comme cela se faisait avant (on reçoit les parents dans une salle, tous les professeurs défilent devant eux). En sixième, il y a ce que l'on appelle les entretiens individualisés. Tous les parents de sixième, avant la fin du premier trimestre, sont reçus par une équipe composée du chef d'établissement, du professeur principal, d'une assistante sociale, d'un conseiller d'orientation. Nous faisons la même chose avec toutes les classes de troisième. Les parents sont reçus individuellement pendant une demi-heure, on leur remet le bulletin scolaire et on discute des éventuelles difficultés de leurs enfants. On appelle cela de l'orientation concertée. En sixième, nous avons ce que nous appelons des journées souples avec une journée par semaine un emploi du temps qui n'est pas fixe et des équipes pédagogiques communes à deux classes. Là, les parents sont reçus et l'on parle d'autre chose que de résultats scolaires, on parle de l'organisation de la classe, de la pédagogie, de la manière d'enseigner et des éventuelles difficultés des élèves, on ne parle pas de résultats scolaires. Autrement dit, les parents ne viennent pas pour se faire engueuler, mais pour apprendre comment fonctionne l'école. Comme nous le disions, rendre lisible l'institution. Nous avons une réunion mensuelle avec la fédération des parents d'élèves, nous faisons le point avec eux sur ce qui va, sur ce qui ne va pas, sur tout ce que l'on peut améliorer, et on les informe des relations parents/enfants, des relations parents/école et de la vie de l'établissement. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. Les élèves de seconde et de troisième rencontrent des anciens élèves du collège qui sont dans le monde du travail et qui ont réussi. Certains d'entre eux sont entrés dans le monde du travail de manière plus classique, mais nous avons aussi des médecins, des avocats, des chirurgiens ou des techniciens supérieurs. Nous insistons bien sûr sur le fait qu'ils ont réussi pour qu'ils servent d'exemples très positifs de ce qui est possible, de ce qui est à leur portée, même dans ce collège situé en zone sensible. Pour aller plus loin, il faudrait qu'il y ait également des formations de parents dans trois domaines. Sur la psychologie des enfants et des adolescents. Une autre formation que nous pourrions donner nous-mêmes sur la lisibilité de l'école : quels sont les diplômes que donne l'école et ce qu'il faut faire pour obtenir ces diplômes. Il faudrait aussi que l'on puisse avoir dans l'école des lieux où les parents reçoivent les parents pour faire de l'autoformation, et ainsi leur rendre l'école le plus accessible possible. Il faudrait que les enseignants soient mieux au courant de la réalité sociale et économique des parents d'élèves. Souvent les enseignants n'habitent plus les lieux où ils professent. Sur les cinquante-deux enseignants de mon collège, il y en a trois qui vivent à Vénissieux. Les autres habitent à Lyon ou dans la périphérie. Ces enseignants auraient besoin d'avoir une bonne compréhension de ce que vivent ces parents-là. Ils ont une vision mythique de l'élève moyen et du parent moyen. Nous avons enfin dix emplois-jeunes dans notre établissement, ils font un travail tout à fait remarquable auprès des enfants et des parents. C'est une aide considérable pour nous. De plus, ce sont souvent de jeunes diplômés très intéressants, qui ont envie de bien faire et ils sont très positifs. (janvier 2000) Les parents qui viennent nous voir ne sont pas toujours ceux que nous aimerions rencontrer J.L., conseillère principale d'éducation de lycée (Gironde)Quelles sont vos attentes vis-à-vis des parents ? Nous souhaitons qu'il y ait une collaboration entre les parents et nous et qu'ils viennent plus fréquemment dans l'établissement. Nous essayons de les faire venir plus régulièrement par des réunions parents/professeurs. En dehors des convocations d'usage, lorsqu'il y a des problèmes, les rencontres avec les parents font partie de nos exigences. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Ne viennent pas toujours rencontrer l'école et les professeurs les parents que nous aimerions rencontrer. De fait, ceux que nous voyons le plus souvent viennent surtout pour entendre les mêmes louanges sur leurs enfants. Il est important qu'ils viennent aussi, bien sûr, mais nous aimerions voir plus souvent ceux dont les enfants sont en difficulté scolaire. Or ils ne viennent pas, peut-être pour avoir subi eux-mêmes un échec scolaire ou n'avoir parfois jamais été scolarisés. Ils ont une inquiétude face au monde de l'école, ce qui fait que ceux qui viennent ne sont pas ceux dont les enfants sont le plus en difficulté. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Dans ce contexte, il y a comme partout les réunions parents/professeurs, il y a les convocations des parents et des élèves par le professeur principal ou, le cas échéant, par une équipe de professeurs. Nous-mêmes, en tant que conseillers d'éducation, nous téléphonons souvent à des parents pour faire le point lorsqu'il y a, par exemple, un absentéisme jugé trop important. Nous essayons alors d'en comprendre les raisons. Nous nous efforçons qu'il y ait un contact, une médiation entre les différents partenaires pour que tout se passe le mieux possible et en y incluant systématiquement les parents concernés. En début d'année nous établissons un contrat de classe entre les élèves, les parents et les professeurs. Il y a la présentation d'un canevas, puis chaque classe produit un contrat de classe spécifique. Nous avons tenté une expérience avec une association dont le but est d'aider et de soutenir les jeunes dans leurs apprentissages. Cette association de quartier regroupe les différentes communautés d'origine étrangère. Certains parents parlent peu ou pas le français et, en collaboration avec la ville, des professeurs se rendent dans les locaux de cette association, certains soirs ou le samedi, pour participer au travail de soutien scolaire. Nous y retrouvons aussi enseignants, parents et élèves pour la remise commentée des bulletins trimestriels. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. Un ancien professeur de chez nous qui est resté très actif organise des réunions d'information sur l'orientation car la démarche vers la conseillère d'orientation n'est pas toujours un acte naturel. Une Maison de la justice et du droit a été créée et des classes entières y vont accompagnées de professeurs. Les échanges qui s'y déroulent sont très riches. Des professeurs ont créé un théâtre où sont montées des pièces, mais cette activité est aussi un prétexte à des sorties pour voir d'autres pièces auxquelles sont conviés les parents qui le désirent. Il y a une préparation, un petit débat explicatif avant d'aller voir la pièce et une discussion ensuite sur ce qui a été vu. Le but est d'inciter les enfants… et peut-être indirectement les parents, à aller d'eux-mêmes vers la culture. Sur le plan de la santé, nous sommes en relation avec des médecins de la santé scolaire et des médecins extérieurs qui viennent parler, par exemple, des conduites à risque. Nous avons en début d'année une rencontre/débat ouverte aux parents et tout au long de l'année des interventions plus ponctuelles à la demande des délégués de classe ou des professeurs. Nous sommes aussi en relation avec la radio locale. Un de nos anciens professeurs s'en occupe étroitement et il y a donc là aussi une action en direction de l'extérieur. (janvier 2000) J’aimerais être tenue plus au courant de ce que font mes enfants à l’école M.-H. T., parent d'élève (Val-de-Marne)Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l'école ? Mes enfants sont en école maternelle et ce que j'en attends c'est que ce soit une vraie école. Que ce ne soit pas une garderie mais un lieu où ils apprennent vraiment quelque chose. L'école maternelle où se trouvent mes enfants correspond assez à mes attentes dans le sens où ils y découvrent des choses, il y a de plus un travail très intéressant qui est fait par atelier sur d'autres activités… Donc globalement je suis assez contente, même s'il y a par ailleurs certains disfonctionnements inhérents au fonctionnement de l'éducation nationale. Par exemple, lorsque des projets sont mis sur pied par une équipe pédagogique, ils n'ont pas l'assurance de pouvoir continuer sur plusieurs années. Sur Ivry, notamment, la Zep a été élargie et les moyens redéployés sur l'ensemble de la zone. Comme dans ces Zep l'école n'est pas obligatoire avant l'âge de six ans, ce n'est pas là que l'on va mettre les moyens. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Très vite l'école se ferme aux parents. Dans la petite section, les parents sont accueillis dans la classe, il y a un contact chaleureux et dès la seconde année c'est fini, on conduit l'enfant à la porte de la classe. Il y a encore un contact, puisqu'on traverse la cour, on passe le premier sas, mais c'est déjà autre chose. L'école se referme. En contrepartie, il faudrait que les contacts avec les parents soient plus réguliers. J'aimerais être tenue plus au courant de ce que font mes enfants à l'école. Nous avons un retour trimestriel sous la forme d'un cahier où l'on voit ce qu'ils ont fait, cela me semble très insuffisant. Car c'est aussi l'occasion d'avoir une relation avec ses enfants qui porterait sur l'école, sur ce qui se passe à l'école. Il y a le cahier de liaison qui donne des informations lorsqu'il y a une sortie, un pique-nique… sinon c'est nous les parents qui devons aller à la pêche aux informations. Mais tous les parents ne font pas cette démarche-là. Ce sont toujours les parents les plus dynamiques, peut-être les plus exigeants, qui vont vers l'école. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Ce n'est pas dans la culture de l'école de faire venir ou d'impliquer les parents dans l'école. Ce n'est pas codifié dans l'emploi du temps, dans le règlement, dans le travail des instituteurs. Le samedi matin pourrait servir à cela. On répète que c'est important que les parents soient associés à l'école, notamment pour suivre la scolarité de leurs enfants, mais il n'y a aucun moyen mis en œuvre pour cela. Une chose que nous avons faite, et ce n'est pas grand-chose, c'est de taper sur ordinateur l'emploi du temps afin que tous les parents en ait un exemplaire. Aujourd'hui, on ne peut pas dire que les parents soient partie prenante de l'école. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. On m'a parlé d'une école primaire, dans le nord de la France, qui, à l'occasion d'une fermeture de classe du fait de la diminution du nombre des élèves, au lieu de laisser le local à l'abandon, l'a mis à la disposition des parents. Ceux-ci ont fait "école ouverte". C'est-à-dire que des parents, en majorité des mamans, tiennent "café", sont présentes dans l'école, en font un lieu d'échange entre les parents, un lieu aussi où les enfants peuvent venir au moment de la récréation. Les parents sont à l'intérieur de l'école, ce qui facilite les rapports avec l'école et cela désacralise peut-être aussi l'institution aux yeux de certains parents. Je pense que plus l'école sera ouverte, plus les parents y viendront et s'y intéresseront. Mais pour moi, la première chose à faire c'est de donner de l'information sur ce que font les enfants à l'école, sur ce qu'il se passe à l'école. Après on peut imaginer plein de choses. Est-ce qu'il faudrait faire appel à candidature pour que des parents s'investissent sur des activités annexes, en fonction de leur formation et auprès des enfants, au sein même de l'école ? Peut-être certains d'entre eux pourraient, sur un trimestre par exemple, créer un atelier pour faire découvrir quelque chose aux enfants que l'école n'apporte pas automatiquement. Ce serait aussi un moyen de valoriser les parents dans l'école et de créer un échange sur du concret. L'école est un des rares lieux dans la cité par lequel tout le monde passe et se côtoie, et il me semble que c'est l'endroit où il est possible de faire des choses, de créer une sorte d'esprit de communauté… (janvier 2000) Ce qu'il faudrait, c'est que les parents participent vraiment á l'élaboration d'une école à venir P.B., professeur des écoles (Puy-de-Dôme)Quelles sont vos attentes vis-à-vis des parents ? A priori je n'ai aucune attente vis-à-vis des parents. Parce que pour prétendre avoir des attentes, il faudrait déjà que l'école et ses acteurs proposent un projet clair et sûr. Hors, dans la Zep, à mon avis et pour l'instant, l'école n'est nullement à la hauteur des valeurs qu'elle souhaite imposer et de la même façon elle ne parvient guère à assumer son rôle au niveau de la transmission des savoirs. Qu'observez-vous des relations parents/école ? Face à cette impuissance, les enseignants s'évertuent à essayer de faire entrer les parents dans une norme. Ils s'ingénient à tenter d'éduquer les parents comme ils éduquent déjà les mômes. Donc c'est une attente qui est quasiment perverse. Alors, ils attendent tout des parents. Ils attendent que les parents fassent le suivi des devoirs et des leçons, qu'ils donnent une hygiène de vie à leurs enfants - propreté, temps de sommeil, petit déjeuner copieux et équilibré… cela devient une dérive hygiéniste. D'une certaine façon cette attente sur les Zep nie le réel de l'autre, celui de l'enfant et celui du parent, et non seulement elle le nie mais elle va enfermer les parents dans un jugement, elle va déprimer, dévaloriser son vécu. Et finalement elle renvoie les uns et les autres face à leurs détresses, à leurs échecs et handicaps. C'est une attente qui est entièrement négative. Quand on parle de responsabiliser les parents aujourd'hui, on en parle trop souvent dans l'esprit de sanction et beaucoup plus rarement dans celui de partage. Vous, que faites-vous dans ce contexte ? Quand on est enseignant il faut aller vers les parents et dire les choses, proposer, demander simplement de l'aide. C'est un peu comme ça que j'ai commencé à travailler avec les parents, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide quand on n'y arrive pas. Mais il faut vraiment travailler avec eux, établir un vrai partage. L'école n'a pas de vérité aujourd'hui sur la banlieue. Nous avons des doutes et des questions. Et ce qu'il convient de faire avec les parents, quand on souhaite travailler avec eux, ce n'est pas d'attendre quelque chose d'eux mais de poser ses propres doutes, ses propres questions sur la table avec eux. Et à partir de là on peut commencer à établir une relation, et on peut commencer réellement à travailler. Dans ce cadre j'ai mené un travail philosophique sur le thème de la justice avec mes élèves de CM1. Je leur avais demandé d'écrire un texte sur la justice qui finalement est devenu un poème. Sur 19 élèves, 18 ont écrit un poème sur l'injustice. Quand nous avons lu tous ces poèmes, tellement affreux, je me suis dit que j'avais un problème dans ma classe que je ne résoudrai jamais toute seule. J'ai relié tous ces poèmes sous la forme de petits livrets que j'ai remis aux parents. Je leur ai dit notamment que s'ils étaient intéressés pour en parler j'organiserais une réunion. Ce jour-là, tous les enfants étaient représentés. Je me suis mise à lire ces poèmes. Des mamans se sont mises à pleurer, puis des papas, et on a commencé à en parler. On s'est demandé ce qu'il fallait faire, on avait cela sur les bras et il allait bien falloir qu'on en fasse quelque chose. Et de ce jour on s'est mis à travailler ensemble. Puis on a commencé à travailler régulièrement en philo, on a créé tout un spectacle sur l'évolution de l'homme, et pour une fois il n'étaient pas là pour se faire engueuler ou pour participer à la kermesse. On a fait des ateliers, des soirées où nous avons analysé des textes, nous avons fait un vrai travail de recherche. Chaque parent est intervenu dans la classe, a fait lui-même un atelier avec les enfants et à la fin nous avons fait un grand spectacle sur l'évolution. Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre. On a créé avec les mamans un réseau d'entraide pour les devoirs parce que certains parents ont des emplois du temps qui les empêchent de suivre ce travail régulièrement. Un délégué a été élu dans la classe pour les relations entre les parents et la classe et non pas les relations entre les parents et la maîtresse. Nous nous voyons tous les quinze jours pour ces agoras de philosophie. Et les parents peuvent nous accompagner lors des départs en classes vertes. Il faudrait associer tous les acteurs, c'est d'une école exigeante dont nous avons besoin. J'ai toujours pensé qu'il fallait apprendre plus, ne pas mettre de limites. Il ne suffit plus de savoir lire et écrire pour être citoyen aujourd'hui. Il faut savoir vraiment lire, ce qui veut dire comprendre le discours scientifique, le discours politique… Il n'y a qu'une façon à mon avis de le faire c'est de questionner et de développer la pensée chez l'enfant et d'être exigeant. Je pense qu'on pourrait réellement associer les parents au travail de recherche, et à tous les niveaux, que les parents participent vraiment à l'élaboration d'une école à venir. Quand on est sur une Zep, on n'est pas dans un lieu sans incidence, on est à un endroit où il est important d'entendre ce qu'il se dit et de trouver ensemble ce que l'on partage, et à partir de là élaborer quelque chose en commun, vraiment. Alors pas à une grande échelle, bien sûr, mais pour chaque école. Que ce soit un projet d'école mis en place par un vrai conseil d'école, pas uniquement avec les fédérations. (janvier 2000) Bonnes feuilles Les familles et l'école : une relation difficile VEI n° 114, septembre 1998 > voir le sommaire > Les parents et l'accompagnement scolaire : une si grande attente Maria DO CEU CUNHA. (www.cndp.fr/) > La réussite scolaire en milieux populaires ou les conditions sociales d'une schizophrénie heureuse Bernard LAHIRE (www.cndp.fr/) > La coopération des parents et des maîtres. Une approche non psychologique Françoise LORCERIE (www.cndp.fr/) Les familles et l'école : apports de la recherche, points de vue de praticiens (Séminaire DEP-IREDU) Les dossiers d'éducation et formations n° 101, 1998 > Inquiétudes parentales et sens des migrations d'élèves - L'évitement croissant de collèges publics dans un district de la banlieue parisienne (PDF, 96 ko) Sylvain BROCCOLICHI > Quelques interrogations sur le mot d'ordre "d'implication des familles dans l'école" (PDF, 30 ko) Dominique GLASMAN > La "proximité" entre école et familles populaires : une figure idéologique et une question pratique (PDF, 49 ko) Jean-Paul PAYET Bibliographie Ouvrages Rencontres Enseignants-Parents-ÉlèvesAndonneau A. ; Prioul N. Paris, Magnard, coll. Chemins de formation, 1995, 111 p. > Accès à la fiche complète L'école face aux parents : analyse d'une pratique de médiation Bouveau Patrick ; Cousin Olivier, Favre-Perroton Joëlle ; Singly François de Paris, ESF, coll. Pédagogies, 1999, 183 p. > Accès à la fiche complète Médiatrices dans les quartiers fragilisés Delcroix Catherine ; Beski Chahla ; Radja-Mathieu Zaïda ; Bertaux Sandrine Paris, La Documentation française, 1996, 135 p. > Accès à la fiche complète École, familles : le malentendu Dubet François Paris, Éditions Textuel, coll. Le Penser-vivre, 1997, 164 p. > Accès à la fiche complète L'école contre les parents Gayet Daniel Paris, INRP, 1999,124p. > Accès à la fiche complète Tableaux de familles Lahire Bernard Paris, Le Seuil / Gallimard, coll. Hautes Études, 1995, 301 p. > Accès à la fiche complète 100 actions Parents-École (écoles et collèges) Leroy Denis Montrouge, CNDP-Migrants, 1994, 166 p. > Accès à la fiche complète La grande explication Meirieu Philippe avec 15 auteurs Paris, Plon, sept. 2000, 260 p. Les familles et l'école : apports de la recherche, points de vue de praticiens Œuvrard Françoise (sous la dir. de) Séminaire DEP-IREDU 1997, Paris : Direction de la Programmation et du Développement, coll. Les dossiers d'éducation et formations n° 101, 1998, 150 p. > Accès à la fiche complète L'école devant la grande pauvreté : changer de regard sur le Quart-monde Pair Claude Paris, Hachette, 1998, 221 p. > Accès à la fiche complète Quartiers populaires - L'école et les familles Thin Daniel Lyon, Éd. PUL, 1998, 290 p. > Accès à la fiche complète Parents d'élèves : tous vos droits, tous vos devoirs Paris, Éd. Hachette, coll. guide pratique, 1996, 195 p. > Accès à la fiche complète Revue « Les familles et l'école : une relation difficile »Ville-École-Intégration, n° 114, sept. 1998 ; p. 1-200 > Accès à la fiche complète Carnet d'adresses Adresses institutionnelles Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche110, rue de Grenelle - 75007 Paris web : > www.education.gouv.fr/
Ministère de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement web : > www.travail.gouv.fr/ Délégation interministérielle à la Famille (DIF) 10, place des Cinq martyrs du lycée Buffon - 75015 Paris web : > www.famille.gouv.fr/ Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD) 209, rue de Bercy - 75012 Paris web : > www.fasild.fr/ Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) 32, avenue Sibelle - 75014 Paris web : > www.cnaf.fr/ Associations partenaires de l'école Association nationale des directeurs de l'éducation des villes de France (ANDEV)web : > www.andev.com.fr/ Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active (CEMEA) 24, rue Marc Seguin - 75883 Paris Cedex 18 web : > www.cemea.asso.fr/ Fédération générale des associations départementales des pupilles de l'enseignement public (PEP) 108, avenue Ledru-Rollin - 75011 Paris web : > www.pupilles.org Fédération des œuvres éducatives et de vacances de l'Éducation nationale (FOEVEN) 67, rue Vergniaud - 75013 Paris web : > www.foeven.asso.fr/ La Ligue de l'enseignement 3, rue Récamier - 75007 Paris web : > www.laligue.org/ Office central de la coopération à l'école (OCCE) 101 bis, rue du Ranelagh - 75016 Paris web : > www.occe.coop/ Fédérations de parents d'élèves Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques (FCPE)108-110, avenue Ledru-Rollin - 75011 Paris web : > www.fcpe.asso.fr/ Fédération nationale des écoles de parents et des éducateurs (FNEPE) 180 bis, rue de Grenelle - 75007 Paris web : > www.ecoledesparents.org/ Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP) 89, boulevard Berthier - 75017 PARIS web : > www.peep.asso.fr/ Union nationale des associations autonomes de parents d'élèves (UNAAPE) 42, rue Carvès - 92120 Montrouge web : > www.unaape.asso.fr/ Union nationale des associations de l'école libre (UNAPEL) 277, rue Saint-Jacques - 75005 Paris web : > www.appel.asso.fr/ Associations familiales Union nationale des associations familiales (UNAF)28, place Saint-Georges - 75009 Paris web : > www.unaf.fr/ Fédération nationale des associations familiales rurales (FNAFR) 7, cité d'Antin - 75009 Paris web : > www.famillesrurales.org/ Familles de France 28, place Saint-Georges - 75009 Paris web : > www.familles-de-france.org/ Confédération du mouvement français pour le planning familial (MFPF) 4, square Sainte-Irénée - 75011 Paris web : > www.planning-familial.org/ Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL) 108, avenue Ledru-Rollin - 75011 Paris web : > www.cnafal.com/ Confédération syndicale des familles (CSF) 53, rue Riquet - 75019 Paris web : > www.csfriquet.org/ Autres Fondation de France40, avenue Hoche - 75008 Paris web : > www.fdf.org/ Femmes inter associations / Inter service migrants (FIA/ISM) 22, rue Voltaire - 75011 Paris Centre national d'information et de documentation des femmes et des familles (CNIDFF) 7, rue du Jura - 75013 Paris web : > www.infofemmes.com/ Textes officiels > Accueil des enfants et adolescents atteints de troubles de la santé(www.education.gouv.fr/) Circulaire n° 99-181 du 10 novembre 1999 > Transmission des résultats scolaires aux familles (www.cndp.fr/) Lettre de Ségolène Royal du 13 octobre 1999 > La Semaine des parents à l'école (www.cndp.fr/) Note de service n° 99-128 du 13 septembre 1999 > Dispositifs d'accompagnement scolaire (www.cndp.fr/) Circulaire DAS/DPM/DIV/DESCO/DJVA/DIF n° 99-403 du 9 juillet 1999 > Renforcement du contrôle de l'obligation scolaire (www.education.gouv.fr/) Circulaire n° 99-070 du 14 mai 1999 > Mise en place des réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement des parents (www.cndp.fr/) Circulaire DIF/DAS/DIV/DPM n° 99-153 du 9 mars 1999 > Élaboration, pilotage et accompagnement des contrats de réussite des réseaux d'éducation prioritaire (www.education.gouv.fr/) Circulaire n° 99-007 du 20 janvier 1999 > Prévention des conduites à risques et comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (www.cndp.fr/) Circulaire n° 98-108 du 1er juillet 1998 > L'École ouverte (www.cndp.fr/) Charte du 2 mars 1998 > Prévention de la violence à l'école : renforcement du dialogue entre les établissements et les parents d'élèves (www.cndp.fr/) Circulaire n° 96-117 du 25 avril 1996 > Information des familles sur l'orientation (www.cndp.fr/) Circulaire n° 95-057 du 8 mars 1995 > Contrôle de la scolarité des enfants naturels ou légitimes par leurs parents (www.cndp.fr/) Circulaire n° 94-149 du 13 avril 1994 > Distribution des documents des associations de parents d'élèves et des documents relatifs à l'assurance scolaire (www.cndp.fr/) Circulaire de service n° 88-208 du 29 août 1988 > Association des parents d'élèves (www.cndp.fr/) Circulaire no 86-256 du 9 septembre 1986 > Rencontres des enseignants et des parents (www.cndp.fr/) Note de service n° 86-265 du 16 septembre 1986 > Collaboration entre les parents d'élèves et les enseignants (www.cndp.fr/) Note de service n° 81-379 du 7 octobre 1981 > Information des représentants des parents d'élèves (www.cndp.fr/) Circulaire n° 80-113 du 6 mars 1980 |
© CNDP
Janvier 2002 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.