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Parents-École

Interviews

« Pour que les familles adhèrent au projet de l'école, celle-ci doit être capable d'inspirer de la confiance »
A.S., présidente de l'association Afavo (Val-d'Oise)

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l'école ?
L'Afavo (Association des femmes africaines du Val-d'Oise), vis-à-vis de l'école, a une position d'interface entre des migrants qui ont des difficultés pour intégrer le fonctionnement de la société d'accueil. Nous essayons, aussi bien pour ces personnes que pour l'école, d'apporter des grilles de lecture qui ne soient pas trop brouillées. Mais nous ne pouvons jouer ce rôle d'interface que lorsque nous avons bien compris les positions des deux parties. Pour que les familles adhèrent au projet de l'école, celle-ci doit être capable d'inspirer de la confiance. Elle doit donner toute sa place aux parents, même si certains ont parfois des difficultés pour s'exprimer.
Ce que l'on attend de l'école, nous, c'est qu'elle soit également à notre écoute. La plupart du temps, c'est l'institution qui nous interpelle, lorsqu'il y a un problème, et nous agissons du mieux que nous le pouvons. Mais si, sur le terrain, le partenariat avec les enseignants qui nous interpellent fonctionne plutôt bien, à l'inverse, lorsque notre intervention ne se préoccupe pas seulement du cas par cas, mais veut soulever un problème plus général, nous n'avons pas le sentiment d'être écoutés par l'institution.

Qu'observez-vous des relations parents/école ?
Certains parents ont de grosses difficultés de compréhension par rapport aux intentions de l'école. En revanche, il ne nous semble pas que l'école ait bien mesuré l'importance du travail de prévention que nous lui proposons. Ce que nous voulons, c'est être perçus comme des interlocuteurs qui réfléchissent en terme de solution. Si l'on veut vraiment résoudre les situations de conflit, il faut s'intéresser aux individus, essayer de comprendre dans quelles conditions ils vivent, quels sont les problèmes qu'ils rencontrent… Certaines personnes sont déstabilisées par le chômage et ne trouvent plus leur place dans la société, parfois dans leur famille même. Ils vivent dans des conditions insupportables, ce qui nuit aussi, d'une certaine manière, à l'autorité parentale, tout est plus ou moins lié.

Vous, que faites-vous dans ce contexte ?
Nos actions se concentrent autour de l'alphabétisation, de la garde d'enfants avec des activités d'animation, ce qui leur permet de se socialiser, d'entrer en contact avec d'autres enfants et des adultes avant d'affronter la scolarité. Les différents ateliers que nous organisons avec les mères ou les enfants (soutien scolaire, informatique, citoyenneté, justice…) nous permettent de faire un travail de prévention, de socialisation.
Évidemment, l'association est souvent amenée à jouer un rôle de médiateur lorsqu'il y a des problèmes avec un enfant. Certains parents se sentent culpabilisés et ont de réelles difficultés à rencontrer l'école. Ils ont un peu le sentiment d'être jugés. Et leur difficulté à bien s'exprimer en français s'ajoute à cela. Donc, nous accompagnons les parents et essayons de démêler les cas qui sont parfois fort délicats.
Nous avons mis en place un projet que nous avons appelé citoyenneté informatique pour initier à cette discipline les enfants et tous ceux qui le désirent. Cela a servi de support à notre action sur la citoyenneté, puisque cette activité est ouverte sur le quartier, touche toutes les générations, et nous permet de nous rencontrer, de dire ce que l'on fait, d'échanger des informations.
Nous avons aussi des discussions, par exemple, sur l'autorité parentale en Afrique et sur ses pratiques en Occident. C'est un parallèle intéressant à faire. Nous allons aussi prochainement organiser une visite des femmes au commissariat. Nous avons les accords. Cela permettra à ces femmes d'avoir une meilleure compréhension de ce qui s'y passe et de ne pas voir cette institution seulement dans son aspect répressif.

Donnez un ou plusieurs exemples de bonne idée ou d'action intéressante dans ce cadre.
Lors d'un conflit entre l'école et des parents qui avaient complètement perdu confiance en l'école à cause d'un contentieux lourd touchant un enfant, nous avons mis au point une chose toute bête mais qui fonctionne. Pour que les parents puissent avoir une relation régulière avec l'école, suivre la scolarité de leurs gamins, prennent toute leur place, nous avons mis au point un code couleur représentant une graduation simple des appréciations des enseignants. Lorsqu'il y a un mot avec une couleur rouge, c'est très mauvais et il faut dans ce cas que les parents prennent rapidement contact avec la maîtresse, vert c'est très bon, orange moyen… Bien sûr, il y a la présence de la médiatrice aux côtés des parents lors des rencontres et nous faisons de l'interprétariat, le cas échéant. Ça permet de renouer un dialogue, de redonner de la confiance, et aux partenaires de se comprendre.

(janvier 2000)